Mort d'un géant

Posté le 11 février 2008

« Mais pourquoi ce nom de « Britannia » ? Voilà encore une anglophilie scandaleuse ! Tu crois qu’il y a des résidences « 

Gallia » chez eux ? »
Yves n’avait pas encore remarqué le nom de l’immeuble voisin et hier soir la France s’est inclinée devant l’Angleterre au Tournoi…

 

En ce début d’année 2008 le souci principal de l’Association « Du pin sur la planche » est de disposer de nouveaux terrains de plantation pour la plus grande gloire de l’Allée. A Hourtin la parcelle n° 2, promise, annoncée, reportée, n’est toujours pas en état de nous recevoir et le Président Simone ne sait comment annoncer au collège qui fait participer une classe de 5e à notre projet, qu’il lui faudra reporter l’opération.
Aujourd’hui nous partons Yves, Annie et moi en prospection sur la commune de nos premiers travaux, Naujac-sur-mer. Il fait beau et sur la route nous embarquons un stoppeur solitaire et quelque peu dépenaillé désirant passer la journée à la plage. Ce stoppeur, Marek, ne fait pas grande difficulté pour modifier son plan initial. Il ne sera pas déçu de sa journée, le Slovaque !
A Hourtin une étape à la quincaillerie nous fait essuyer une légère déception : il n’y a pas moyen de commander les bédouches dont nous voulions nous équiper. Je rappelle que le bédouche est un outil coupant au bout d’un manche de pelle qui n’a pas d’égal pour éclaircir une plantation (et pour maintenir la discipline dans les rangs !). Un peu plus loin, à Naujac et plus précisément au terrain de camping de notre correspondant local, nous faisons connaissance avec Jules, un taureau de presque une tonne. Nous préférons garder une certaine distance car ce bestiau considère le chapeau de Yves avec suspicion.
Une étude fine des extraits du cadastre avec notre hôte permet ensuite de préciser plusieurs pistes pour disposer de nouvelles parcelles.
Pour tuer le temps Marek se roule et fume discrètement ce qui pourrait passer pour une cigarette. Avant de partir nous faisons part à notre correspondant de notre projet d’aller vérifier la plantation princeps, celle qui se glorifie du plus imposant de nos pins, surnommé « le Géant de Naujac ». En Avril dernier il accusait 80 cm et nous espérons qu’il a dépassé les 120 cm grâce aux bons soins dont nous l’avons entouré. Dans peu de temps son ombre nous protègera.
« Je sais qu’ils ont travaillé là-bas dernièrement » Confie notre interlocuteur « J’espère qu’ils n’ont pas fait de bêtises ». Pas franchement rassurés par cette interrogation nous remontons en voiture et nous précipitons vers le lieu dit Perodon.
Dès avant la croisée des pistes nous prenons conscience du désastre : Les deux parcelles, à droite, sont labourées, nettoyées, nivelées. Il n’y pas plus de végétation qu’à la surface de la Lune.
Ah, si ! en bordure, au ras d’un sillon nous apercevons un filet anti-chevreuil fièrement dressé sur ses tuteurs et un autre un peu abattu à vingt mètres de là. Ces arbres, plutôt gaillards, d’ailleurs, n’ont pas été sciemment épargnés, simplement ils étaient en lisière.
Comment décrire notre déception, notre désespoir ? Il n’y a plus rien d’autre, que de la terre fraichement remuée. Du géant, « de qui la tête au ciel était voisine et dont les pieds touchait à l’empire des morts » plus la moindre trace.
Le conducteur de la machine, pourtant bien chapitré, d’après notre correspondant, ne s’est pas embêté avec nos plantations, il a tout nivelé sans dévier d’un centimètre de sa trajectoire. Nous poussons, tous trois, des cris de haine et ses oreilles doivent siffler. Tant d’efforts et d’espoirs réduits à rien !
Marek nous observe, compréhensif quoique un peu surpris. Le pique-nique aussi sympa qu’à l’habitude nous réconforte. Nous faisons plus ample connaissance avec le stoppeur. A la question que fais-tu dans la vie ? Il répond benoitement :
« Je prépare un mémoire sur la notion du vide dans l’œuvre de Montale.» (Eugenio Montale, poète italien, 1895-1981, prix Nobel 1975)
Je ne sais pas comment cela se fait mais nous avons le chic pour rencontrer dans ces expéditions des personnages particulièrement intéressants. Marek ne dépare pas la série.
Après une courte sieste que s’accorde la moitié d’entre nous, le signal du départ est donné. Nous inspectons maintenant la parcelle proche du centre de Naujac et là nous ne pouvons que nous féliciter : les plants sont tous vivaces et certains de belle taille, quasiment à la hauteur du géant ratiboisé. La relève est ici assurée. La révision est rapide puisque tout est en ordre et nous rentrons sur Bordeaux en nous accordant au passage une halte à Majolan pour admirer le château. Il y a là aussi quelques beaux arbres, il faut bien le reconnaître.
Nous ferons en sorte de ne pas être victimes, une nouvelle fois, de bévue de ce genre.

 

par Olivier F. Léonard - Février 2008

Commentaires (0)

Poster un commentaire

Vous êtes indentifier en tant qu'invité.