Nuages sur la grande allée

Posté le 20 mars 2010

Somme toute l’automne 2009 a été fructueux pour notre grand projet. La bienveillante compréhension de deux propriétaires de Sainte Hélène nous a permis de progresser de plusieurs centaines de mètres sur des parcelles de jeunes plantations.
La situation s’est un peu compliquée à partir de là.

Deux incidents auraient pu nous mettre la puce à l’oreille :
Tout d’abord une partie de notre matériel, innocemment laissé comme d’habitude entre deux rangs de pins, nous a été dérobée.
Une rencontre inopinée ensuite. Alors que nous plantions, le Président Simone et moi-même non loin de la route, nous voyons passer puis repasser un de ces quatre-quatre dont les forestiers sont friands. Le coin a l’air parfaitement désert mais cela ne rate pas dès que nous nous posons quelque part les gens du cru, intrigués, viennent aux informations. Le conducteur finit par se ranger à quelque distance et descend de son véhicule. Il nous regarde faire.

---- « A tous les coups il s’agit de Monsieur P., le proprio de la parcelle suivante qui désire voir ce que nous réalisons. Il faut aller lui parler » Me souffle mon compagnon.
Sans plus attendre je me dirige vers l’observateur alors que Yves s’affaire à quelque rangement. J’aborde fort civilement le quidam qui me demande aussitôt ce que nous faisons céans. Autant, me dis-je, l’impressionner bille en tête.

---- « Nous plantons une allée de pins parasols qui ira de Soulac à Dax., soit 250 km avec les fioritures et cela pour promouvoir la biodiversité ! »

Mon interlocuteur, 70 ans environ, trapu, en bleu de travail, roule des yeux effarés. Il manque de s’étrangler en rétorquant :
---- « Vous plaisantez ? » Puis quand il comprend que l’affaire est sérieuse il éructe :
« Comment ! Nous avons eu les tempêtes, les chenilles, les sécheresses, les impôts et maintenant voilà des zozos qui viennent faire de l’écologie dans nos forêts ! »

Yves survient alors, tout souriant, et n’ayant rien entendu de notre conversation. Me tournant vers lui je présente :
---- « Ce monsieur est propriétaire de ces bois sur la droite. Malheureusement notre Allée ne passe pas par là, c’est dommage car il est très intéressé par notre action. »

Yves, tout content de rencontrer un Médocain réceptif à notre projet, se rengorge :
---- « Ah, voilà qui est bien. Vous encouragez la biodiversité ? Vous comprenez notre travail ? »

L’autre suffoque maintenant d’indignation, il devient tout rouge et je me demande si je n’ai pas un peu forcé la dose.
---- « Mais pas du tout ! Je refuse absolument que vous touchiez à un seul de mes arbres. Nous avons assez d’ennuis comme cela. L’Etat s’est moqué de nous et nous n’avons pas besoin que des rigolos de la ville arrivent en plus. »

Là, il me faut le reconnaître, le Président est très charismatique. En cinq minutes de discours apaisé il réduit les craintes du sylviculteur qui accepte, in fine, de poser en photo avec lui. De toutes manières il est tranquille puisque notre tracé ne passe pas par chez lui. Il n’en demeure pas moins que sa réaction est symbolique d’une méfiance de certains planteurs malmenés par les aléas climatiques et les promesses non tenues.

La parcelle de Hourtin suivant celle de la Renardière n’étant toujours pas disponible nous avons étudié sur les plans cadastraux de possibles points de chute sur les communes de Saumos, Le Temple, Lanton. Nous avons relevé des noms, des adresses, envoyé des courriers de présentation et ensuite téléphoné aux propriétaires. Pour le moment nous sommes en attente car les premières réactions manquent un peu d’enthousiasme.
Nous aurions bien prolongé l’Allée à Ste Hélène, le propriétaire suivant ne s’était pas trop avancé en disant :
---- « Je vais voir ce que vous faites chez mon voisin avant de me décider. »
Lors de la dernière expédition, arrivé au bout de la parcelle autorisée, Yves s’est cru autorisé, à titre de démonstration, de planter deux arbres chez ce particulier. Dans la semaine suivante il l’a contacté au téléphone et à sa demande de passage le propriétaire a répondu :
---- « Il n’en plus question. J’ai vu comment vous avez pratiqué sur mon terrain en abattant mes arbres pour mettre les vôtres. Un vrai massacre ! Il y en a bien assez qui meurent autrement. Bonsoir, Monsieur. »
Et toc !
---- « Il est vrai, me dit Yves, que nous y sommes allés un peu fort pour ne pas faire d’ombre aux pins parasols. Mais de toutes façons il allait dépresser ses arbres alors cela n’aurait rien changé à la fin. »

Donc après ce revers nous sommes en stand-by mais cela devrait se débloquer sous peu, pas de défaitisme. Nous en avons vu d’autres.

 

par Olivier F. Léonard - Mars 2010

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