Travaux forestiers et compagnie

Posté le 16 novembre 2006

Mardi 8h50 Convocation, par courriel, place Tourny samedi prochain à 8h30, pour un chantier de plantation de pins parasols. Arrivés tôt à Hourtin, nous aurons toute la journée pour finir le premier kilomètre de la Grande Allée.

 

Jeudi 20h00 par téléphone, le rendez-vous est décalé à 8h45. Ce timing précis a quelque chose d’impressionnant. Il y a là une promesse d’efficacité.

 

Vendredi 20h12 par téléphone le rendez-vous est repoussé à 10h00, certains acteurs ne pouvant se libérer plus tôt pour cause d’activités nocturnes.

 

Samedi 9h45 par portable. Nous apprenons que le regroupement place Tourny est presque achevé. On attend Mathieu alors que Julien nous rejoindra sur place. De mon côté je suis presque prêt à démarrer en compagnie de Pierre-Emmanuel.

 

10h20 Nous sommes, Pierem et moi, à la hauteur du Taillan tandis que l’équipe Tourny est à la hauteur de la barrière du Médoc. Le temps est couvert mais pas trop moche.

 

10h25 Nous prenons de l’essence.

 

11h15 Par portable, Yves me confirme que nous arriverons les premiers. Nous aurons à nous adresser à la mairie de Hourtin pour récupérer les outils. Un mariage est célébré à 11h30, il nous faut arriver avant.

 

11h28 Je me présente à la Mairie. Le contact, Sylvain Mouche, me confie une brassée d’outils, une demi-douzaine de bêches neuves, une houe et trois ou quatre bedouches bien affûtés. Je me doute qu’il y aura un souci car Yves espérait 5 ou 6 houes. Il pleut assez fort.

 

11h45 Arrivée de l’équipe Tourny. De loin, Yves me fait un signe incompréhensible. Il a l’air très affairé. Je me dis que cet enthousiasme, cette volonté de se mettre immédiatement au travail sont admirables.

De près il me précise qu’il recherche en tout premier lieu les toilettes. Il ne les trouve d’ailleurs pas et s’intéresse aux outils entreposés dans la Kangoo. Ils ne lui conviennent pas. Il faut attendre la sortie des mariés, ainsi que l’équipe de télévision et son pote Julien.

 

12h00 Après que nous ayons saupoudré de riz la mariée, nous sollicitons Sylvain Mouche qui nous confirme la manque de houes.

 

12h15 Nous nous lançons dans une équipée aussi improvisée que sauvage, Yves sous pression comme à l’accoutumée, Pierem au volant et moi-même. Il s’agit d’acheter le matériel manquant dans une quincaillerie et d’en emprunter une autre chez une connaissance habitant à proximité. La pluie a cessé.

 

12h25 Nous avons déniché deux houes et Yves en a profité pour faire un peu de publicité pour l’association « Du pin sur la planche ».

 

12h27 Yves rencontre enfin l’opportunité de se soulager dans un coin discret. Sensiblement plus détendu, il nous propose de nous rendre chez la personne qui va nous prêter la quatrième houe.

 

12h45 Nous avons fait deux fois le tour de Hourtin sans arriver à repérer où habite ce monsieur. J’ai reçu des appels d’Annie-Claude, de Jean-Claude et de Jean-Pierre. Ils me demandent tous combien de pins j’ai planté pour le moment. Je dois convenir qu’il n’y a encore rien de fait.

 

12h50 Le groupe étant rassemblé nous partons en trois voitures plus celle de France 3. La route est vite abandonnée pour des pistes en terre au cœur de la forêt. Aucune habitation à des kilomètres à la ronde, mais des chasseurs de plus en plus nombreux.

 

12h59 Un fort rassemblement cynégétique nous arrête. Il s’agit d’une battue aux cerfs. Sur le bas-côté une biche est étendue, plus loin un jeune trois cors. Tous ces valeureux amoureux de la nature en treillis et fusil à l’épaule nous regardent, nous, malheureux citadins, avec une cordiale indifférence mêlée d’une vague méfiance pour être venus les déranger dans leur intimité.

 

13h05 Les repères laissés au cours des précédentes journées de plantation sont en vue. La lande est plate comme la main, la piste longe une parcelle de pins de deux ou trois mètres pour les plus beaux. Le ciel roule des nuages inquiétants.

 

13h10 L’équipe de télévision aimerait que ce cirque s’achève vite fait. Elle espérait nous surprendre en pleine activité depuis l’aurore et s’attendait à admirer une allée de pins parasol sinon majestueuse tout au moins discernable. Elle fait face à une bande d’énergumènes qui ont tout à apprendre et le projet de grande allée baigne surtout dans le cerveau imaginatif de notre guide suprême. Je surprends la conversation du journaliste et de la camerawoman. Ils échangent le nom de produits calmants dont ils vont faire usage dès que possible.

 

13H40 Yves nous a fait une démonstration de la technique de plantation. Des équipes sont constituées et des secteurs attribués. Pierre-Emmanuel et moi-même sommes requis par la télévision pour une séquence débroussaillage-plantation-protection du plant avec interview. Nous nous efforçons de paraître convaincants faute d’être vraiment compétents.

 

13h50 Sitôt que la télévision replie bagage après avoir obtenu de Yves un exposé concis des objectifs de notre association, des journalistes de presse écrite surgissent. Je me demande bien comment ils ont réussi à nous retrouver au cœur de cette pampa ! Ils sont beaucoup plus sereins que les précédents, nous posons en photos de famille comme de vieux briscards alors que nous n’avons pour ainsi dire encore rien fait. Dire que d’autres s’échinent des années durant à leur grand œuvre sans que personne ne s’intéresse à leur travail.

 

14h15 Voilà la presse est repartie. Il est l’heure d’un pique-nique bien mérité.

 

14h17 Les évènements se précipitent. A commencer par la pluie qui nous incitent à nous abriter sous les toiles plastiques destinées à empêcher la broussaille de pousser autour des plants. L’ambiance est franchement sympathique, les copains de Yves que je ne connaissais pas ne se prennent vraiment pas au sérieux et les plaisanteries fusent. Il est souvent question de cette allée qui lorsqu’elle atteindra ses 250 kilomètres de longueur, sera visible de la Lune.

 

14h51 Voici de retour des voitures, notre organisateur à chapeau qui transporte les victuailles achetées par ses soins. Il nous fait un commentaire très alléchant de la qualité exceptionnelle de ses miches quand il s’aperçoit que la charcuterie et le fromage sont absents. Tout était pourtant préparé depuis le matin. Allons-nous de manière très biblique nous contenter de pain et de vin?

 

14h55 Sébastien a voulu vérifier la voiture par lui-même et rapporte le jambon et le saucisson glissés sous un siège. Nous respirons alors que la pluie cesse à point nommé. Pendant quelques minutes les mâchoires s’activent. Le pain est excellent, certes, mais il se défend bien aussi. La charcuterie savoureuse mais, pour des travailleurs de force comme nous, un peu courte en quantité. D’aucuns se rattrapent sur le nectar de la vigne qui est aussi un aliment comme chacun sait.

 

15h07 Julien qui s’est déguisé en jeune pin parasol enveloppé de sa toile plastique de protection et surmonté du filet de défense contre les chevreuils, rencontre un franc succès.

 

15h15 Alors que nous avalons un peu de café pour nous donner du cœur à l’ouvrage, arrive du renfort. Un bébé de quatre semaines au moins escorté de ses parents vient nous inspecter. Déçu par nos pauvres résultats il se console d’un biberon de lait.

 

15h25 Nous fabriquons en série des carrés de plastique de protection et des filets sur tuteurs de bambous. Nous acquérons très vite une bonne pratique. Les gestes s’enchaînent harmonieusement et nous sommes de plus en plus performants.

 

15h31 Tous les carrés et filets sont prêts à l’emploi. D’aucuns envisagent une pause pour récupérer.

 

15h32 Yves nous a refusé la pause. Résignés, nous nous enfonçons dans les alignements de pins maritimes, par équipes indépendantes. Mathieu, Vincent, Alex, partent sur la droite, Julien, mon fils et moi sur la gauche tandis que Yves et Sébastien inspectent les travaux finis et viendront vérifier notre boulot.

 

15h58 Trois feuillus ont été mis en place sous forme de glands et de marrons. Il apparaît que nous maîtrisons bien la technique. Peut-être allons-nous trop vite et il serait sage de ralentir de peur de distancer
les autres équipes?

 

16h21 Alors que nous contemplons avec une satisfaction justifiée notre dernière excavation, Yves surgit de derrière une rangée d’arbustes. Nous attendons faussement modestes les compliments de rigueur pour ce bel ouvrage.

 

16h22 Pas très convaincu par notre méthode qui consiste à choisir le pin le plus rabougri pour planter à sa place notre feuillu en respectant les arbres alentour, le promoteur de l’allée, prend les choses en main. Il abat froidement de part et d’autre de notre trou deux spécimens que je jugeais bien partis pour prendre vingt mètres de hauteur en quinze ans. Il parait qu’il ne faut pas risquer d’étouffer nos feuillus.

 

16h29 Le chef est reparti. Nous l’avons assuré que nous avions été beaucoup plus féroces pour les trous précédents. Seuls nous nous promettons de parachever le débroussaillage sur notre chemin de retour.

 

16h55 De toutes façons nous n’avons plus ni glands, ni marrons, ni carrés de plastique ni filets de protection.

 

17h20 Nous sommes auprès des voitures. Comme prévu nous avons amélioré nos prestations sur le retour. Au total nous avons fait quatorze trous. Le jour baisse et il faut rassembler le matériel.

 

17h35 Il est visible que Yves n’est qu’à moitié satisfait de nous. Il espérait achever le premier kilomètre de l’allée et il manque 200 mètres. Pour un peu il nous ferait creuser dans la nuit. Nous lui faisons remarquer que nous n’avons plus de munitions, et que l’adjoint au maire nous attend pour une petite réception à 17h30 précises.

 

17h40 La kangoo est embourbée. Ce n’est qu’un jeu, à 5 ou 6 de la dégager.

 

17h55 L’adjoint est là devant une table couverte de plateaux de canapés et autres petits fours. Photos pour Sud-Ouest, examens de cartes pour les chantiers futurs.

 

Le bébé est nommé marraine de La Grande Allée.

18h15 Nous nous éclipsons Pierre-Emmanuel et moi et nous roulons dans la nuit.

 

19h07 A peine arrivés à bon port Véronique nous appelle devant le poste de télévision. Nous nous voyons en plein effort au milieu de la forêt. J’avais un petit doute et maintenant, merveille de l’image, je suis convaincu que nous avons eu une journée épuisante.

 

19h13 Oui, il faudra recommencer dès que possible.

 

par Olivier F. Léonard - Novembre 2006

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